L’incarnation de Gaïa

En 1986, une famille de mages noirs entrepris de capter la conscience de la planète Terre, la conscience de Gaïa[1]. A cet effet ils choisirent un inséminateur, une mère porteuse, et celle qui parmi eux passerait pour sa mère, en l’occurrence la sœur de la génitrice désignée. Elle devait donc en jouer le rôle face à ce qui allait devenir sa « fille ». Un tel prodige de captation de conscience ne pouvait être envisageable que de la part de très hauts serviteurs des forces obscures. Le pouvoir en rapport est, à l’état naturel, très difficilement accessible, comme il est aussi difficile à déployer. Le jeu en valait néanmoins la chandelle car la capture de la conscience de la Terre devait aussi permettre son asservissement au travers de son incarnation forcée, bien qu’à cette époque, Gaïa n’offrait alors que peu de résistances aux manœuvres de l’Ennemi de la Vie, déjà parfaitement enraciné sur Terre, et depuis longtemps.

L’accouplement rituel eut donc lieu à l’occasion d’une nuit précise, dans des conditions très clairement définies au préalable, et ainsi, une part (toujours une part seulement, dans tous les cas de figure) de la conscience de Gaïa fut captée comme prévu, et ainsi allait être enchaînée au corps féminin rituellement créé à cet effet. Il s’agissait alors du second corps qui lui était attribué, le premier nettement plus âgé, suivant alors le Dalaï Lama. A cette toute nouvelle incarnation fut donné le prénom de Justine. Il lui fut enseigné durement la méchanceté, la malveillance, la manipulation, la haine et la vengeance, non sans une relative difficulté toutefois. Elle subit donc des sévices d’ordre sexuel dont la mémoire lui fut retirée, afin de la modeler selon les désirs de sa famille eût égard aux attentes de ses « maîtres » relativement à l’asservissement de Gaïa qui devait s’ensuivre, et en contrepartie duquel ladite famille devait être considérablement récompensée.

Une fois sa majorité atteinte, Justine quitta la France pour l’Irlande afin d’y travailler, attirée par l’un des pays où Gaïa a toujours été parmi les plus honorée, serait-ce au travers de la conscience des règnes de la nature. Elle put ainsi se désolidariser de sa famille qui se mit à la faire suivre de manière inlassable, alors qu’elle vivait avec son compagnon, les deux fuyant ses parents autant que leurs moyens le leur permettaient. Ralliés tous deux aux valeurs de l’Archimagistère, ils bénéficièrent de sa protection. Un départ au Maroc s’ensuivit, afin d’y suivre le Hiérodarque et quelques-uns de ses proches, ce qui permis de faire perdre leur trace aux parents de Justine, lesquels auraient pu déployer bien davantage d’énergie qu’ils l’ont fait pour la retrouver, car ils comptaient sur un autre élément qui allait pouvoir entrer en scène afin de parachever le plan d’enchaînement de Gaïa, donnant à l’Ennemi de la Vie, la toute-puissance, le pensait-il du moins, sur la conscience planétaire, qu’il pourrait ainsi réduire en esclavage, comme il souhaitait le faire à l’encontre de toute forme de conscience non-ralliée à ses obscurs desseins. Cet élément, relativement inattendu, du moins censé l’être, se prénomme Pierre B. (son nom restant caché pour protéger la réputation de nombre d’innocents, en étant les parfaits homonymes). Cet individu se trouve être l’incarnation de la propre création de Gaïa: une âme humaine créée ex-nihilo par la conscience de la Terre des millénaires auparavant, afin de représenter le « gardien » idéal pour ses incarnations futures. Cette création eut lieu sur les judicieux conseils de l’Ennemi de la Vie, alors paré du masque de toutes les vertus du monde, afin de la conduire à accepter cette suggestion. La mise à exécution de cette dernière lui permis de glisser en secret, en plus d’un peu de la conscience de Gaïa qu’elle y glissa elle-même, un programme (disons « programme de vies ») visant à permettre que chacune des incarnations de la conscience de la Terre puisse être retrouvée, et le moment venu, elle aussi captée par l’Ennemi de la Vie et subrepticement enferrée par ses soins.

Ainsi, Pierre est donc la dernière incarnation en date de cette créature qui n’a qu’un seul un unique objectif de vie en vie: trouver discrètement l’incarnation de Gaïa par n’importe quel moyen laissé à sa disposition, l’approcher, la laisser être séduite de fait, et la corrompre afin de toucher la conscience planétaire et la contraindre de même.

Entretemps, arrivés au Maroc, Justine et son compagnon d’alors, acceptèrent, en pleine liberté, de prêter serment face à la Hiérodarchie. Ils reçurent à ce titre leur élévation Nobiliaire et leurs Lettres de Noblesse, eut égard à cet engagement notamment, mais aussi à leur fidélité et leurs efforts sur le long terme, dans le sens de la mise en pratique des valeurs et vertus propres au nouveau paradigme. Néanmoins, ces Lettres de Noblesse, loin d’être un simple jeu de rôle où une fantaisie, les appelaient à faire d’eux-mêmes des modèles de cette vertu reconnue à l’âme noble, les engageant en ce sens à la vie et à la mort, au titre de leur vertueuse représentativité face au monde.

Malheureusement, Pierre finit, forcément, par se rapprocher de Justine, enclenchant sur elle son pouvoir de fascination auquel elle seule au monde pouvait être sensible. Suite à des visites successives au Maroc afin de la rencontrer, jusqu’à finir par y vivre à ses côtés, Justine tomba dans ses filets, selon l’ordre des choses, au vu, notamment, des réveils de programmations subies en étant enfant et gardées en sommeil jusque-là.

Pour sa part, Gaïa, inconditionnellement ralliée à la Hiérodarchie depuis 2009, avait éteint son corps initial auprès du Dalaï-Lama au vu de l’extrême perversion de ce dernier malgré la soi-disant sagesse qu’on lui prête par tradition plutôt que du fait de ses actes, n’était, dès lors, plus en possession que d’une seule incarnation, celle que représentait Justine, laquelle ne posait aucun problème en ce temps puisque, elle aussi, ralliée en pleine conscience à la Hiérodarchie, néanmoins, et insensiblement, jusqu’à l’arrivée et au furtif travail de sape de Pierre. Face à la dérive comportementale de Justine, bafouant plus souvent qu’à son tour tous les grands principes de vertus qu’elle avait juré de défendre et de manifester elle-même, commença doucement, insensiblement, à se montrer inique, injuste, hautaine, manipulatrice, et finalement malveillante, comme sa famille le lui avait enseigné étant petite. Cette « éducation » portait donc ses fruits, après tant d’années de mise en sommeil.

Face à l’ampleur grandissante de l’influence nauséabonde de Pierre, qui entama le processus visant, par son simple contact, à la transformer en ce qu’il était lui-même, à en faire sa copie conforme, prenant ainsi le total ascendant sur elle en en faisant sa pure expression, Gaïa rompit tous les liens qui faisaient de Justine son incarnation. Ainsi, devint-elle une coque vide, sans « âme » propre, quelque part à la dérive, abandonnée par sa conscience légitime, entre les mains les plus banales et pourtant corruptrices que la Terre ait portée, de temps à autre.

Tout le monde ayant quitté l’Afrique du Nord pour l’Europe, Justine a donc fini par trahir tous ses engagements, tous ses serments, et le sens des valeurs qu’elle avait jurées d’honorer et d’incarner, n’incarnant finalement plus rien ni personne, hormis l’Ennemi de la Vie lui-même, via son nouveau compagnon: Pierre, son ennemi personnel le plus virulent, estimé par elle être néanmoins son « miracle ».

Grâce à l’intervention de la Pracandhasenamukha, Gaïa a non seulement pu être très efficacement protégée de l’influence de Pierre, laissant son corps dériver seul, sans Elle, vers nulle part, aux côtés de son compagnon parfaitement inconscient de l’état général de la situation, mais en outre, la parfaite maîtrise des trames de la réalité par les Tvish ont permis l’adombrement d’une nouvelle incarnation, greffée sur les lignes de temps de la réalité de ce monde, sous forme d’un corps physique parfaitement sain de toute influence délétère pour la conscience de Gaïa qui en a déjà pris possession. Ce nouveau corps, actuellement âgé de 19 ans (et partiellement d’origine irlandaise d’ailleurs, pour le clin d’œil), est prêt à entrer en fonction en tant que nouvelle présence de la Reine Gaïa sur le plan physique, dès lors que le moment sera venu.

Ainsi, il n’existe plus désormais qu’une seule et unique incarnation de Gaïa, dûment validée par la Pracandhasenamukha et l’Archimagisterium, et quiconque d’autre prétendrait l’être ne pourrait que se rendre coupable d’usurpation d’identité.

La révélation en rapport aura lieu aussitôt que le contexte qui doit s’y prêter absolument, sera mis en place, selon l’encours actuel de l’agenda de l’Archimagisterium, géré de main de maître par le Cinquième Ordre Tvish de la Pracandhasenamukha. Quant à Justine et Cie, elle a fait allégeance à trois reprises au moins, et en ces termes: « La Droiture où la Mort ». Son destin est donc scellé.


[1]     Ce nom fut définitivement choisi par ses soins parmi des centaines d’autres qui lui furent donnés, afin de le faire sien à tout jamais, quels que soient les langues et les traditions.

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